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"Tu es reponsable de ce que tu as apprivoisé" (Le Petit Prince, St Exupéry)
Adopter un animal domestique est généralement une démarche égoiste : on veut un animal
"de compagnie", pour des calins, pour tuer les souris, pour garder la maison, pour avoir un partenaire de marche...
Parce que c'est "mignon" et qu'on a envie d'être propriétaire d'une peluche vivante, d'un "objet" dont on peut être fier, d'un faire-valoir.
Nous avons TOUS cette envie de posséder ce qui nous plait.
Au-delà de ça, certains ne voient rien et gardent leur animal comme un objet de plus, avec le strict minimum (ou
moins) d'attention et de confort.
D'autres voient en leur compagnon un substitut d'enfant, d'ami, d'humain. Quitte à pêcher par
excès, ils chouchoutent leur bestiole en transposant bien souvent leurs besoins aux siens... ce qui n'est pas toujours beaucoup mieux que de la
négligence.
La troisième catégorie de propriétaires connait les
besoins de l'animal et tente d'y répondre au mieux. Ce n'est jamais parfait mais au moins ces personnes font en sorte de ménager son bien être physique et moral et de considérer leur
protégé à sa juste valeur : un animal, avec des besoins spécifiques à son espèce.
Je considère la possession d'animaux de compagnie comme une perversion de notre société, mais une
perversion utile (j'hésite à dire nécessaire).
Pourquoi une perversion?
Parce que nous asservissons et ôtons la
noblesse d'espèces autrefois sauvages et autonomes.
Parce que par des conditions de détention souvent inadaptées, nous les rendons
vicieux : tics, comportements agressifs...
Parce que la reproduction irraisonnée des animaux par les particuliers alimente le flot d'abandonnés risquant l'euthanasie : mis au monde par la main de l'Homme, mis à mort par la même main...
Ils donnent l'illusion d'un droit de vie et de mort de notre espèce sur les autres.
Pourquoi une perversion utile?
Pour garder un lien avec la Nature,
aussi détourné soit-il.
Pour rester humble et donner de l'importance à l'existence d'autres êtres que nos pairs.
Pour l'éducation :
Posséder un animal apprend aux enfants à être responsable d'un autre être, à en prendre soin, à
se mettre à la hauteur d'un interlocuteur qui ne comprend pas sa langue. Il apprend aussi à gagner la confiance de son
compagnon et à ne pas la trahir, à mesurer ses gestes et ses accès d'humeur, à lui enseigner des choses et donc à être rigoureux.
Et en premier lieu, à observer avec attention les réactions de l'autre et réagir en fonction, avec
tact.
C'est une école merveilleuse, celle de la
vie.
Encore faut-il que l'enseignement soit encadré par des adultes qui savent ce qui doit être fait et ce qui ne doit surtout pas l'être.
Je ne vais pas parler d'éducation animale ici, mais le tout est de faire la part des choses entre tendresse et gagatisme anthropomorphique,
rigueur et violence, gentillesse et prise de risques pour la santé mentale et physique de l'animal.
Les bases devraient être enseignées à l'école... ou requises avant l'adoption.
Une fois propriétaire, c'est à l'humain de prendre toutes les décisions qui régleront la vie de l'animal et celui-ci aura rarement l'occasion de faire savoir comment il ressent les choses. C'est
donc une énorme responsabilité, accrue par la confiance qu'ils ont en nous.
S'ils obéissent, c'est parce qu'ils nous considèrent comme aptes à défendre leurs intérets vitaux. Ils se livrent donc totalement à nous : pas par bêtise, pas par faiblesse, mais
par instinct. Et l'instinct est leur raison.
Nous devons, parce que nous leur imposons de nous appartenir, leur apporter tous les soins nécessaires à leur bien-être, dans
la mesure du possible. Et si nous sommes incapable de les rendre heureux, nous leur devons de l'avouer en toute humilité et de les confier à qui
pourra faire mieux.
Le bon sens voudrait aussi que les particuliers ne fassent plus reproduire leurs animaux
et que très rares restent les sujets non stérilisés. Il y a déjà des milliers de candidats à l'adoption dans les refuges, pourquoi en "créer" d'autres?
Etre consomm'acteur est dans l'air du temps, on en parle pour l'alimentation et c'est tant mieux, mais le commerce des animaux de compagnie n'est pas moins concerné.
En choisissant d'adopter auprès d'un particulier, on l'incite à continuer et donc à donner la vie à des animaux dont le futur n'est pas
assuré.
En adoptant en refuge ou en association de protection animale, on aide les personnes qui s'engagent pour améliorer la situation et on enlève un
malheureux du circuit vers l'euthanasie, au lieu de participer à la "création" d'autres.
A chacun de faire ses choix, mais encore faut-il les faire les yeux ouverts.